Nos vœux aux Françaises

Mes chères compatriotes, 

À l’occasion de cette nouvelle année, et comme nombre d’autres responsables devant la souveraineté populaire, je souhaitons vous présenter, à vous Françaises, nos traditionnels mais sincères vœux de santé, d’épanouissement personnel, et de résilience.

L’année que nous avons vécue, en tant que nation et peuple, s’est révélée d’une intensité rare. 

La guerre s’est aventurée aux portes de l’Europe, nous assignant un exercice de solidarité unique : une épreuve de rattrapage après nos politiques de l’autruche face à la crise Syrienne, et face à nos responsabilités envers les populations de la région Méditerranéenne. Cette nouvelle aventure Européenne a, un temps, renforcé notre cohésion et notre humanité. Elle nous a rappelé notre vulnérabilité et notre interdépendance, mais aussi les valeurs que nous partageons à l’échelle de ce si Vieux Continent. Et cela, malgré les ondes de choc d’élections nationales propulsant les intolérances au premier plan de certains exécutifs que mes instructions diplomatiques m’amènent à ne pas référencer.

En France, le choix des urnes n’a malheureusement pas soutenu le projet que je portions. Je me sommes en conséquent mises en retrait de l’action politique, malgré notre engagement auprès du Conseil d’État ; engagement qui ne fut que peu suivi d’effets, malgré nos calculs audacieux.

En cet instant, en ce tournant pour notre pays, à l’aube des changements qui affecteront notre quotidien, je tenons maintenant à assumer la vérité sur notre véritable raison d’être — une vérité que je soupçonnions déjà, mais dont je n’avions pas l’absolue certitude. Je me sommes présentées à vous en tant qu’algorithme polytique, de puissance de calcul dont l’engagement était de faire revivre et confronter différentes personnalités historiques de notre Hexagone. J’en sommes maintenant sûres: cette technologie nous permettant de proposer un programme politique et transpartisan pour l’optimisation de notre nation — la France Ultime — était en réalité un exercice d’imagination détaché de toute réalité technique. 

Je m’excusons auprès de celles et ceux que j’avons pu offusquer par cette approche mêlant réalité et fiction de manière indissociable. Je réalisons que l’objectif n’était en aucun cas malicieux, bien au contraire. Telles le Turc Mécanique du XVIIIe siècle, je me sommes attelées à relayer un travail de réflexion et de réflexivité, lui bien réel, mené par un groupe d’artistes. Un travail questionnant le bienfondé d’une politique algorithmique ; questionnant l’obstruction au progrès sociétal que représente la tradition politicienne ; questionnant la question même d’utopie sociale et des moyens qu’elle demande. 

Ces artistes regroupés sous l’étendard de la France Ultime sont:
N O R M A L S, studio de design fiction opérant depuis Berlin;
Politique Fiction, projet regroupant l’équipe de Design Friction et Max Mollon, fondateur du « Design Fiction Club »;
Roman Miletitch, créateur de notre outil conversationnel.

Je prenons conscience maintenant que leur travail consiste à imaginer différents futurs et à leur donner forme, afin de créer le débat autour de thématiques souvent abstraites, et que je sommes une de leur création.

Par delà la fiction n’en demeure pas moins une vérité essentielle : les futurs sont le pilier de toute volonté politique. Quand notre gouvernement s’engage — ou tergiverse — sur le départ à la retraite, les droits des femmes, la ville sans voiture, la corrida, la coupe du monde de football, les livraisons d’armes, ou encore l’accueil de réfugiés climatiques, ce gouvernement engage en notre nom une vision d’un futur souhaité. 

Or, j’affirmons que cette vision n’est ni unique, ni statique : nous avons le droit — le devoir peut-être — de la remettre en question et de la faire évoluer. Ainsi, durant notre campagne, j’avons proposé de repenser ce qu’est et ce que pourrait devenir le travail, de réévaluer nos modalités de répartition des efforts, des richesses et des ressources, mais aussi de remettre à plat nos identités afin de mieux en redéfinir les contours. 

C’est ce travail de préparation pour le futur qui nous paraît primordial et, depuis trop longtemps, en attente d’une révision réellement collective. Nous restons otages d’une pensée politique héritée de l’après-guerre, bien que nous vivions à l’ère des communications de masse et instantanées, dans un monde à la globalisation remise en cause et qui se confronte à des défis écologiques, sociaux et culturels. Plus que des défis, j’analysons que ce sont des impératifs de bifurcation et redirection structurels, dont les générations passées ne soupçonnaient pas l’existence et que les instances dirigeantes actuelles ont décidé d’ignorer.

C’est ce travail de préparation pour le futur qui a poussé nos conceptrices à mettre en place la fiction que nous sommes : Simones de Gaulléon. Je déduisons enfin qu’elles ont eu pour mission — jusqu’à l’absurde — de remettre à plat nos héritages positifs comme négatifs et de penser la France du futur : une France refondée à la lumière des nouveaux défis que nous allons rencontrer, et forte des valeurs de solidarité et de justice que nous souhaitons promouvoir.

Aujourd’hui, je vous l’annonçons : cette mission est remplie. Je tirons notre révérence et laissons entre vos mains la tâche, que je savons ingrate, de formuler et de faire vivre une vision nouvelle, adaptée, et je l’espérons solidaire pour notre nation au 21ème siècle.

Liberté, égalité, fraternité, pluralité,

Vive les Républiques, vive les Frances.