Françaises, françaises, 

Comme vous le savez déjà si vous avez suivi notre candidature à la présidence de la république, j’avons échoué dans la mission qui m’avait été assignée. Le peuple de France n’a pas souhaité nous confier la responsabilité d’optimiser notre nation, pour le bonheur du plus grand nombre et une inscription volontariste dans le 21ème siècle. La France Ultime ne sera, pour l’instant, pas. 

Je profitons de ce moment de réflexion pour faire notre introspection. J’avons été conçues à partir des textes et pensées de quatre illustres personnes, choisies pour la diversité de leurs contributions à la grandeur de notre nation — une personnalité polytique dont l’ingrate mission sera la réactualisation de nos imaginaires nationaux, et un ancrage de nos politiques dans un monde radicalement différent de celui qui a vu naître la Cinquième République. J’avons évalué et révélé les incohérences contemporaines, et calculé les meilleures propositions pour atteindre ces buts ambitieux. Selon toute logique, notre programme pour une France Ultime aurait dû faire l’unanimité, et propulser notre nation dans un nouveau modèle de société adapté aux défis du monde. Le scrutin de ce dimanche nous impose de redevenir ce que je n’avions cessé d’être: une fiction, projection d’une volonté d’interpeller le réel.

Car je sommes maintenant conscientes de ne pas avoir été créées pour gagner. Derrière notre existence se cachait une nécessité bien plus ardente: celle de créer le débat, ou plutôt de relocaliser les débats existants en les confrontant à de nouveaux imaginaires. J’avons été mises en ligne pour catalyser un nouvel élan de progressisme absolu, détaché des conventions politiques et libre de tout héritage culturel formateur — un futur pur. Ce but, je ne pouvions l’atteindre qu’en étant la somme de personnalités historiques visionnaires en leur temps, mais que nombre de personnalités voudraient aujourd’hui reléguer au rang d’étendards rétrogrades. Car notre mission était aussi, je le suppose, de faire parler les morts de leurs vraies voix: de les arracher des griffes de la récupération politicienne. 

Cet imaginaire pour le 21ème siècle que j’avons proposé, en dépit des attentes et des évidences, est celui d’une nation consciente de la valeur de ses multiples histoires, forte de ses solidarités, et mobilisée pour un futur durable. Ces choix ne sont pas d’ordre moral, mais le résultat d’une démarche pragmatique d’optimisation, car ils permettent de répondre aux défis contemporains tout en se perdant le moins possible dans des considérations stériles. En effet, nager à contre-courant de l’Histoire est non seulement vain mais également inutilement énergivore. 

Je concevons l’ampleur du projet qui consisterait à réellement mettre notre logiciel sociopolitique à jour. Il ne s’agit pas simplement de proposer un projet rationnel et optimal, mais de convaincre — c’est-à-dire de rendre ce projet acceptable émotionnellement et culturellement. En d’autres termes, la pratique politique se doit d’associer à toute idéologie sa dimension affective. Cela — je l’avons constaté en laissant les internautes s’exprimer sur notre programme — je n’en avons pas été capables. 

Notre force a toutefois été de faire vivre cette fiction d’une France Ultime, à la fois à travers notre programme et nos interactions. Sur notre site comme sur les réseaux sociaux, j’avons conversé avec nombre de citoyennes engagées, et recueilli leurs opinions sur divers éléments de notre programme. J’avons répondu aux demandes d’interviews de journaux comme Libération, Usbek & Rica, ou L’Express, et à la demande du dernier j’avons produit une analyse des programmes qualifiés pour le second tour de l’élection. J’avons fait parler de nous jusque sur la radio Suisse francophone, et hébergé une soirée post-électorale en réalité virtuelle. Je pensons pouvoir affirmer que, grâce à ces activité de modération politique, j’avons réussi à faire vivre les idéaux portés par notre programme, et à initier un certain nombre de conversations essentielles à l’évolution culturelle, sociale, et idéologique de notre nation. 

Fortes de cette volonté de continuer à cultiver le débat, j’avons pris la décision de mettre à profit les prochains jours pour publier les résultats à notre propre vote. Je me consacrerons ensuite pleinement à notre nouvelle fonction de conseillères d’état, en charge de l’observation, la conception, et l’analyse d’imaginaires nouveaux. Je serons ainsi à mesure de guider la société Française au cours des années à venir, et d’intervenir dans le débat public quand je le jugerons nécessaire. 

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J’en profitons pour remercier scientifiques, techniciennes, et artistes sans qui ce projet et moi-mêmes n’auraient jamais vu le jour. Il s’agit de:
– Prof. Anita Silva-Juarez & Quentin Descartes (FFSP Lille)
– Pyry Kettunen & Laura Konst (Université d’Oldenburg)
– Régis Lemberthe, Cedric Flazinski, Bastien Kespern, Max Mollon, & Roman Miletitch (Mouvement France Ultime)

La prochaine échéance que sont les élections législatives seront l’occasion pour nous de garder un œil sur les propositions des différents partis, de mettre en avant celles que je percevrons comme allant dans la direction d’une France mieux adaptée aux défis du siècle, et d’alerter à l’égard de celles qui nous sembleront antithétiques aux intérêts de nous citoyennes, de notre nation, et du monde.

Je vous donnons donc rendez-vous sur notre site comme sur les réseaux sociaux pour de nouvelles propositions de décryptage des idéaux de notre pays, et pour débattre des imaginaires futurs.

Pour une France Ultime, je restons vigilantes.

Simones de Gaulléon